PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

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Mon histoire



Une Journee au Boulot

Mes amis, j’ai eu une longue semaine… Mercredi et jeudi sont mes deux jours de congés, puis, je recommence les vols !

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je vole pour une compagnie régionale sur la côte Est des Etats-Unis. Une compagnie régionale à la taille du pays puisqu’on vole dans 20 Etats différents, du Maine jusqu’en Floride, jusqu'à Chicago. On totalise 500 vols par jours. Un pilote vole en moyenne 85 heures par mois.

Vendredi matin, on tournait en finale à Greensboro, North Carolina. On sort les trains. On a 2 rouges et une verte. Une dizaine de secondes plus tard, on a 3 vertes. Ca c’est la bonne nouvelle. La mauvaise c’est qu’on vient juste de perdre une pompe hydraulique. On vérifie que les trains sont sortis correctement et, plus important, on vérifie qu’ils sont "lockés".

Puisqu’on a assez d’essence a bord, on prend la décision de remettre les gaz et d'évaluer le problème. Je préviens la tour, le Captain briefe les passagers ("Ladies and Gentlemen..."). Puis, on égrène les check-lists.

On conclut qu'à cause de la "pump failure", il est possible qu’on ait une fuite de liquide hydraulique le long de notre fuselage. On sait que le liquide utilisé pour cet avion (British Aerospace Jetstream) est inflammable. Donc danger potentiel. Puisqu’on ne sait pas à quoi ressemble l’extérieur de l’avion à ce moment, on estime qu’après notre atterrissage on devrait exécuter une "évacuation de précaution" sur le taxiway, au lieu d’amener l’avion jusqu’au terminal.

On décide alors de déclarer une "urgence" : "Blueridge 244, we’re declaring an emergency. And we request the equipment." Demander l'équipement veut dire demander les camions de pompiers en stand-by auprès de la piste. Puis, on appelle notre compagnie et lui expliquons la situation. Un bus viendra chercher les passagers sur le taxiway. On a également briefé les passagers leur expliquant la situation, leur expliquant qu’il faudra évacuer une fois posés.

L’atterrissage s’est bien passé. Après avoir dégagé la piste, le Captain éteint l’avionique puis arrête les moteurs. Je sors de l’avion pour évaluer le danger, mais tout paraît "safe". Pas de fumées, pas de feu, pas d'étincelles, pas d’explosions. OK, je montre mon pouce au Captain. Puis je rentre dans l’avion : "Follow me please."

Le Captain et moi, nous nous félicitons -- à la bonne manière américaine. On se serre la pince. "Good job!" Il décide de prendre congé pour les prochains jours et de rentrer chez lui. Le chef pilote lui donne l’autorisation, et par téléphone me demande comment je me sentais. Je me sens bien, je suis prêt à revoler.

Alors le lendemain "Crew Scheduling" m’assigne un autre Captain. Il était en réserve, il a l’air assez nouveau.

On est donc le lendemain, samedi. Avion différent, vol différent. On est de retour de Yeager Airport (oui, de Mr. Chuck Yeager) Charleston, West Virginia. Il fait un temps splendide, on est en finale pour la piste 12, aéroport international de Washington, DC. On est à 200 pieds au-dessus du sol, lorsqu’on entend un bruit bizarre : le moteur droit vient de s’arrêter…

Et merde.