PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

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Mon histoire



Des arrivées comme ça...

Des arrivées comme ça, on ne les oublie pas. En finale, piste 4R, à Boston. Il est 22:30, et la vue depuis ce cockpit est imprenable. Le port est délimité par ses lumières, la mer est noire. Les lumières d’approches s'étendent au-dessus de l’eau. Le seuil de piste est éclairé, la voix synthétisée dans le cockpit annonce "FIVE HUNDRED."

Du coin de l’oeil, je peux voir Colleen, une blonde de 35 ans, ancienne pilote de l’aéronavale, ranger la checklist. Puis elle pré-programme la fréquence sol sur la VHF1 entre nous. Je lève les yeux, d’une main j’appuie sur le bouton de l’intercom qui se trouve sur les commandes, et j’annonce : "I guess it’s time to earn my money."

Je bouge mon pouce gauche de l’intercom vers un bouton rouge juste au-dessus, j’appuie, et l’alerte de déconnection du pilote automatique retentit dans le cockpit. Le compensateur électrique est juste au-dessus du bouton rouge, et mon pouce le frôle. Je tire lentement sur les commandes et j’anticipe avec la manettes des poussées.

Ce matin j'étais au bord de la piscine dans un hôtel en Caroline du Sud. Ce soir, je serai dans le Sheraton de Boston. Et je passe mes journées à voler. A jouer à ce jeu vidéo qui vaut la modique somme de 20 million de dollars.

Sur le côté de la piste les lumières rouges et blanches du VASI révèlent un bon plan d’approche. Dans le cockpit, mes yeux scannent l’EFIS gauche, 68% est affiché sur les N1, les volets sont à 45 degrés, le train est sorti, indiqué électroniquement par 3 carrés verts. Les lumières de pistes commencent à bouger.

Un petit coup d’aileron de quelques degrés, et je corrige sur l’axe, la longue ligne de lumière blanche au milieu de la piste a l’air d'être centrée. A 145 noeuds et à deux cent pieds sol, les lumières d’arrivées rouges et blanches défilent et disparaissent sous mes pieds.

Boston s’arrête. Et moi, je reprends mon souffle.

"ONE HUNDRED," je ramène lentement les manettes, les lumières du centre de la piste ont l’air de s’accélérer au fur et à mesure que je m’y approche. 4R à une longueur de 10,000 pieds, alors je m’applique. Le train gauche touche brièvement avant le train droit. Je tiens le manche, et la roulette de nez reste en l’air quelques secondes de plus. Puis je la ramène doucement. Je frime.

Dans ce jeu vidéo, je n’ai qu’une seule vie.

Ma main droite sur la manette glisse vers les reverses. J’attends le clique. Colleen m’annonce : "Ground spoilers deployed, both in reverse." Je tire sur les reverses. Mes pieds glissent vers le haut des palonniers. L’avion décélère. Et ma poitrine se colle contre les ceintures…