PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

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Mon histoire



Viva Airbus

Décidemment, ces hôtesses aiment beaucoup boire.

En escale à Orlando, on est sorti hier soir avec l'équipage, ce qui était pas mal. J’avais l’impression d'être en vacances. Il faisait bon, il faisait chaud. les filles ont beaucoup ri et beaucoup parlé. Je suis le nouveau gars sur Airbus, et elles voulaient sûrement que je me détende un peu. Elles m’ont parlé de leurs aventures; elles m’ont parlé des autres hôtesses, des bons pilotes et des mauvais. Les hôtesses sont effectivement les critiques les plus dures.

Puis, elles ont commandé d’autres bières et m’ont payé à boire.

Oui, hier, j’ai fait mon premier vol sur Airbus 319. Après 5 semaines de formation à Miami, je suis rentré chez moi la semaine dernière, qualif de type en poche. J’ai eu quelques jours de congés, puis je suis reparti pour mon lâcher en ligne qui dure 25 heures.

Le lâcher en ligne se fait… en ligne, c’est-à dire que mon premier vol sur cette bécane se fait avec des passagers à bord. Oui, les simulateurs "full motion" recréent des conditions si réelles, que nos premiers vols sont commerciaux avec, bien sûr, un instructeur PL à bord.

La météo était pourrie hier sur la Côte Est. Il pleuvait des cordes pour ma première arrivée sur l’aéroport de Washington. En finale, après avoir rentré les speedbrakes, j’ai déconnecté le pilote automatique. Je me suis concentré sur mon PFD—un de mes écrans devant moi où les informations concernant mon assiette, ma vitesse, altitude, cap et vario sont concentrées sur juste 20 cm carré.

Je me concentre sur mon directeur de vol, mon joystick, et encore une fois ma vitesse pour la sortie des volets et du train. Je suis en mode "managed speed," c’est-à-dire que les auto-manettes contrôlent ma vitesse, ou plutôt une poussée, basée sur la vitesse d’approche calculée au FMS. En auto-manettes sur Airbus, les manettes ne bougent pas, même si la poussée varie. Et avec le pilote automatique branché, le joystick ne bouge pas non plus, même en virage, en montée, ou en descente. Donc en IFR, on regarde ce PFD comme si notre vie en dépendait.

Mon joystick, qu’on appelle en fait un sidestick sur Airbus, est très sensible. Si je le poussais à droite pendant juste 1 seconde, l’avion se mettrait en virage à 15 degrès. On pilote donc cette bécane avec finesse, surtout à cause de sa vitesse. Une erreur de quelques degrées en finale peut faire la différence entre un atterrissage en sécurité et une sortie de piste—surtout si les vents sont importants et si la piste est mouillée comme celle d’aujourd’hui.

Et on n’essaie surtout pas de penser aux 132 passagers derrière nous.

On sort de la crasse à 500 pieds, les lumières apparaissent floues, alors je mets l’essuie glace en marche. Puis les lumières vertes de la piste 1R de Washington-Dulles, apparaissent immédiatement. Un petit coup de sidestick, une petite correction à droite à cause du vent. Le compensateur est évidemment automatique, et le retour de force sur les commandes est artificiel, recréé par des ordinateurs. Tout est informatisé sur cet avion : des gouvernes principales, jusqu’aux chiottes de l’avion.

Lorsque la voix synthétisée annonce "50" je ramène doucement les manettes sur "Idle" ce qui déconnecte les auto-manettes. Je tire un peu sur le manche. "Forty," "Thirty," "Twenty," "Ten", et lorsque les trains touchent le sol, l’avion commence à vibrer. Je maintiens un peu de pression vers l’arrière sur le sidestick, les spoilers sur nos ailes se déploient indiqués par des flèches vertes sur notre ECAM, la roulette de nez se pose lentement.

Je ramène les manettes vers les reverses ce qui augmente un peu la vibration, mes pieds sont sur les palonniers. Avec les reverses, le contrôle au sol est plus difficile, alors je les rentre doucement dès que ma vitesse atteint 80 noeuds. Mon instructeur me félicite poliment, mais je sais que, comparé à son atterro, le mien était nul.

J'écris ces lignes sur mon ordinateur portable à l’hôtel, et comme je n’ai pas de connection internet chez moi, je profite de la connection wireless de l’hôtel pour envoyer ce message. Puis il faut que je prenne une douche, que je mette mon uniforme, et que je me prépare pour mon prochain vol. Ce soir je partirai pour Las Vegas, où je passerai une escale de 24h.

Viva Las Vegas ! Viva Airbus !

Quant aux hôtesses, elles m’ont promis de me montrer les plus beaux casinos de la ville.

Quelques photos prises à Miami, pendant ma formation. (Désolé, pas de photos d’hôtesses dans ce message.)


Mon salon.


Mon binôme, Josh, et moi (à droite) s’entraînons à l’ordinateur.


Un break bien mérité du manuel d’exploitation.


Une pensée pour tous mes collègues en ligne qui se tapent les tempêtes de neige.


Dans le simu, le jour de ma qualif de type.