PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

@piloteus

Mon histoire



Major

Un coup d’oeil sur ma montre. J’étais arrivé un quart d’heure en avance. Costard-cravate, une sacoche à la main, et les pompes cirées. J’étais invité à un entretien avec une grande compagnie aérienne--une Major. Ca, c’est le rêve de chaque pilote de ligne ici. C’est pour un moment comme ça que tu es prêt à bouffer des pâtes pendant 10 ans. C’est pour un moment comme ça que tu fais des milliers d’heures de vol sur des bi-turbines bruyantes dans les pires météos du pays. C’est pour un moment comme ça que tu acceptes des salaires maigres, des plannings impossibles, et que tu gardes le sourire devant ton chef pilote. Et c’est pour un moment comme ça que tu pars les week-ends laissant une jeune femme et tes enfants.

Ma compagnie était sur le point de faire faillite. Je savais que si je ne réussissais pas cet entretien, je me retrouverai sûrement sur la paille. La pression était là. Elle était insupportable.

La concurrence pour un poste dans une Major est extrême. Aujourd’hui, il y aura un pilote bombardier furtif B2 qui a l’air d’avoir mon âge. Il y aura aussi un pilote B1. Un troisième, diplômé de l’Air Force Academy, vole sur C17 Globemaster. Moi, je suis juste le gars qui avait quitté son Alsace natale à l’âge de 20 ans. Un gars, qui après deux mois au McDonald’s de Strasbourg, avait décidé de tout miser sur un billet d’avion. Aujourd’hui, c’est le jour que j’ai attendu toute ma vie. Aujourd’hui, c’est le jour où je réalise mon rêve, ou le jour où je perds tout.

Major (2e partie)