PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

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Mon histoire



Expatrié

Je sens mon français s’appauvrir de jour en jour. J’ai de plus en plus de mal à écrire. Ca fait maintenant plus de 8 ans que je ne suis plus rentré en France. Mon passeport français a expiré. Ma carte d’identité a expiré. Et lorsque je croise des Français dans les terminaux d’aéroports, je ne lève même plus la tête.

Après deux semaines de congés je me retrouve à nouveau dans le cockpit du 767, à 39.000 pieds au-dessus de l’Atlantique. Ma première rotation de l’année. Il fait nuit. La radio crépite dans le fond. J’ajuste le volume du haut-parleur à ma droite, juste à côté du "tiller" et du masque à oxygène. Au-dessus de l’Atlantique, on écoute la fréquence Air-to-Air, 123.45. C’est la fréquence pour pilotes. On entend parfois des reports de turbulence—ou les résultats du foot.

J’ai eu le T-Bone steak, mon Captain le saumon. Nos procédures nous empêchent de manger la même chose. Notre 3e pilote, le Relief Officer, est en train de se reposer. Dans quelques minutes, il remplacera le Captain qui, lui, ira roupiller à l’arrière de l’avion. Quant à moi, j’irai en break entre 30 degrés Ouest et Belfast.

Mes yeux sont rouges. Je suis crevé. L’hôtesse vient de m’amener une part de tarte à l’orange. L’infusion de sucre m’aidera pendant une demi-heure avant de me rendre encore plus fatigué. Je pense à Londres qu’on atteindra dans un peu plus de 4 heures. Là, toute la nourriture à bord sera jetée. Ce gâchis me dégoute. Mes années de pilote d’air ambulance dans les réserve indiennes paraissent bien loin.

Une heure et quarante minutes avant mon break. Il y a deux pilotes d’Air France qui commencent à discuter sur la fréquence.

Je baisse le volume…