PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

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Mon histoire



Live free or die

C’est sous le brouillard de San Francisco, et depuis l’hôtel près de la baie, que j'écris ces lignes. Ca fait plusieurs mois que je n’ai pas écrit dans mon journal, mon français s’appauvrissant de plus en plus. Ca doit faire partie de l’expatriation, je me dis. Tu te lèves un jour, et tu essaies de te souvenir de ta langue maternelle. Certains mots sont encore là, les plus faciles. J'écris à mon père, par email, et parfois je lui envoie des photos de ce que je veux dire, car je ne trouve pas mes mots in French.

En revenant de Las Vegas, on a fait un beau survol du Sud Ouest américain hier après midi, avec ses canyons, ses monuments, ses désert, ses grands espaces -- les couleurs variant du jaune pâle au rouge cramoisi. On a défoncé la couche de nuage au dessus de la baie de San Francisco, hier soir, au couché du soleil, derrière un Boeing 737. J’ai déconnecté le pilote automatique et les auto-manettes, et j’ai piloté le jet en douceur, comme un simple monomoteur vers la piste 29 d’Oakland, qui se trouve sur une presqu’ile de la baie.

C’est à 32.000 pieds au-dessus de l’Utah que je pense à la liberté américaine. La politique d’Obama est un peu crainte, ici, dans cette partie du pays. Ne pas comprendre pourquoi les Américains ont voté deux fois pour George W. Bush et maintenant donnent à Obama un taux de popularité inférieur à celle de Bush à la même période de son mandat, selon les derniers sondages, c’est ne pas comprendre l’esprit américain.

Les immigrants qui ont peuplé ce continent, au fil des années, sont des gens dont les opportunités ou libertés ont été usurpées à cause d’un gouvernement abusif. Ils ont quitté des pays dont l’Etat s’imposait financièrement et judiciairement et ont parié sur la grande promesse de l’Amérique, qui ne leur donnait que la vie, la liberté, et la recherche du bonheur. C’est un pays qui n’a jamais été créé pour garantir une égalité de résultats, mais seulement une égalité d’opportunités. Et nous "pauvres, exténués qui en rangs pressés aspiront à vivre libres", nous sommes arrivés ici, aux Etats-Unis, heureux d’une telle opportunité.

J’ai trouvé que dans l’esprit américain, un gouvernement ne doit que passer des lois pour garantir le bien public, et non pour protéger l’individu contre lui-même. C’est pour ça que dans certains Etats, le port du casque en moto n’est pas obligatoire, et que sur les plaques d’immatriculation du New Hampshire, Etat qui n’oblige pas non plus le port de la ceinture en voiture, il est écrit : "Live free or die."

Lorsqu’Obama veut créer une Amérique sociale à travers des augmentations d’impôts, il force certains Américains à avoir une couverture sociale et au reste à payer pour ceux qui n’en ont pas. Cela va contre cette mentalité américaine où le succès de certains ne doit pas être pénalisé par l'échec des autres. Mais la vraie peur est celle d’une prise en charge de santé complète par des bureaucrates dont l’esprit américain n’a jamais appris à faire confiance.

Alors que les comptes sociaux en France vont révéler un déficit de 20 milliards d’Euros pour 2009, qui sera imposé à ses citoyens, mon assurance médicale privée a annoncé un bénéfice de plus de 800 millions de dollars pour ce 2e trimestre. Cette assurance privée, United Health, a été commencée par des entrepreneurs qui ont pris des risques énormes, mais qui sont maintenant récompensés. Ces centaines de millions de dollars de bénéfice sont reinjectés dans l'économie américaine à travers ses actionnaires, ses employés -- ou même des Cadillacs et des Gulfstreams pour ses dirigeants. Ca, c’est la promesse américaine.

Des plus de 46 millions de personnes qui n’ont pas d’assurance aux Etats-Unis aujourd’hui, 9,7 millions ne sont même pas citoyens américains; 17,6 millions gagnent plus de $50,000 par an; et 14 millions peuvent déjà être assurées par le gouvernement à travers une option qui s’appelle Medicaid. Donc, il y a moins de 5 millions de personnes qui ne sont pas couvertes sur une population totale de 307 millions. Pour les Américains, bien que cela soit un problème sérieux, et corrigible, il ne vaut pas une prise en charge complète par Washington.

C’est depuis mon cockpit, à 32.000 pieds au-dessus des grands-espaces américains, que je suis reconnaissant d’un tel système, si brutal et si simple, mais qui a l’air si injuste à mes confrères européens. Nous sommes tous venus en Amérique pour des raisons différentes. Je suis venu ici pour l’amour du vol. Je me rends compte, maintenant, que c’est la liberté que j’aime.