PILOTE.US - Journal d'un pilote francais aux Etats-Unis

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Mon histoire



Je m'applique

Lâcher en ligne pas facile pour l’instant. On a quitté Memphis dans des orages approchant, la nuit, vers 20h. J’ai dû réduire ma vitesse en montée à cause des turbulences : 250 kts jusqu’au FL200 puis 275 kts jusqu'à la transition sur Mach, où là, on affiche .76 selon la procédure Delta. Une fois sorti des turbulences, on a fait du .80, bref 80% de la vitesse du son.

J’ai fait l’arrivée et le posé à Seattle, où des visibilités de 1 SM nous attendaient--et de la neige. Seattle alternait entre la 34L et 34C pour les arrivées (34R pour les départs). L’aéroport fermait les pistes à tour de rôle pour "snow plowing," le déblayage de la neige. J’ai gardé le PA branché jusqu'à 400 pieds sol. Il était 22h.

Entre la nuit et la neige, j’avais l’impression d'être dans un film de la Guerre des Etoiles. Dès que j’ai entendu la voix "RETARD. RETARD," j’ai tiré machinalement les manettes de poussée, et j’ai arrondi dans un trou noir qui s’est blanchi au fur et à mesure que les phares de l’avion illuminaient le sol, et donc la neige. Mon posé était bon, le premier depuis ma formation sur A320. Le premier en fait sur A320, puisque il y a 6 ans, je pilotais un A319, une bécane pratiquement identique. Mais je suis sûr que la neige a beaucoup aidé à ce kiss landing.

Après presque 24h à l’hôtel au centre ville de Seattle, on est reparti pour un red-eye sur Cincinnati. Navette de l’hôtel à 22h, prévol à 23h. Pushback, en retard, à 23h55, à cause d’un changement de MMR, une pièce de navigation très chère, selon le commandant de bord. Le CdB, qui s’appelle Dave, est bien sûr qualifié instructeur pilote de ligne. Il est également un général à la retraite de l’US Air Force. Il me confie que lorsqu’il faisait faire des changements de MMR sur KC-135, ça coûtait presque 500.000 dollars. Décollage face au Sud, on monte en croisière sur le FL350.

Plus de 1700 nautiques plus tard, et grâce à des vents arrière de 76 kts, je me pointe en finale pour la 36C à Cincinnati vers 7h du matin (Cincinnati est H+3 par rapport à Seattle). Je suis toujours le pilote en fonction puisqu’en lâcher en ligne, je dois faire le maximum d’atterrissages.

Je bois du Coca comme si c'était un biberon. La visi est à 1.5 SM. Neige. Vent en rafale, 15 degrés de travers. La piste est mouillée. Il fait -1 C et la neige fond au touché. Je m’applique devant le général. L’A320 est un avion plus facile à poser que ma dernière bécane--le MD-90. Ce dernier a des ailes plus courtes.

J'écris ces lignes de l’hôtel à Cincinnati. Il est presque 10h ici. Je vais aller me coucher pour une petite sieste. On reste presque 24h en escale. Départ sur Salt Lake demain à 8:05. Donc la navette viendra nous chercher à 6:35.